Histoire d’une rupture colorimétrique annoncée…

Derrière ce titre un peu particulier se cache en fait un retour d’expérience. Je souhaitais revenir sur les raisons qui m’ont poussé à mettre ma liberté de freelance de côté et accepter un projet de 4 mois sur site dans une grosse entreprise. Je reviendrais sur les conséquences de ce choix sur mon quotidien tant sur le plan personnel que professionnel.

Note : le respect de la confidentialité m’empêche de divulguer certaines informations. Je ne citerai pas le nom de l’entreprise, je ne divulguerai pas le contenu précis de ma mission ni les détails de l’organisation mise en place.

Le contexte : Freelance, un choix de vie

J’ai décidé de devenir indépendant il y a bientôt 4 ans alors que ma situation professionnelle n’était pas défavorable : un CDI de web designer dans un groupe multinational où j’étais plutôt bien apprécié, où j’aurais pu me “poser” tranquillement quelques années de plus. Cela étant, après 4 ans de bons et loyaux services, l’appel du large a été plus fort et j’ai opté pour la liberté et l’incertitude de la vie de freelance.

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Pour être tout à fait franc, ce sentiment de liberté n’a pas vraiment été évident au départ (notamment cette angoisse liée à l’insécurité financière qui a été très difficile à gérer) mais après quelques années de pratique je commence petit à petit à trouver un certain rythme : choix des projets sur lesquels travailler, positionnement, organisation de mon quotidien, meilleure gestion du stress etc.

Aujourd’hui je prend plaisir à me lever le matin pour aller travailler, j’aime ces 20 minutes de marche le matin, descendre la Cannebière, voir s’agiter la populace de Noailles, puis arriver dans le quartier de l’Opéra avant d’atterrir à mon bureau non loin du vieux port. Avoir l’autonomie de mon planning et être en relation directe avec les clients a également ses avantages, il n’y a pas de manager, de n+1 +2+x qui vient court-circuiter mes actions. Je suis le seul responsable de mes décisions et le garant de la qualité du travail que je fournis. Je pourrais également ajouter à la liste l’avantage de ne jamais faire la même chose, le changement d’univers qu’implique chaque nouveau projet etc.

Avec le temps je me suis créé un environnement de travail qui me ressemble et dans lequel je me sens bien. C’est d’ailleurs pour cette raison que je n’ai jamais travaillé avec des agences, préférant collaborer avec des startups (projets innovants, équipes réduites, fonctionnement flexible et budget nécessaire pour exercer mon métier dans de bonnes conditions).

En bref, j’ai opté pour une certaine forme de liberté et d’autonomie qui se paie au prix fort (insécurité financière, et rythme de travail soutenu) mais qui me convient finalement très bien.

Une offre qui se refuse… ou pas

Fin 2012 j’ai été contacté par une grosse entreprise pour participer à la réalisation d’un projet web, et intégrer une équipe constituée d’autres web designers freelance. La curiosité m’a fait accepter un premier entretien dans lequel on m’a proposé ceci :

  • Un projet web de grande envergure avec une vision plutôt moderne mettant en avant certains concepts _ “Mobile First”, “Responsive Web Design” _ qui résonnent en moi de façon positive.
  • Travail d’exécution uniquement : déclinaison de maquettes .psd sur Photoshop et réalisation de maquettes graphiques à partir de spécifications fonctionnelles.
  • Présence sur site obligatoire
  • 5 jours par semaine
  • Travail sur Windows (si si)
  • Commande de 50 jours renouvelables (on me fait comprendre que ce sera probablement plus)

En rentrant chez moi après l’entretien je me retrouve confronté à la problématique suivante : suis-je prêt à retourner dans ce milieu de l’entreprise que j’ai quitté sans regret 4 ans plus tôt et qui ne me convenait plus ? Ai-je envie de me conformer à une culture d’entreprise et à ses codes, de quitter mon petit bureau, mes habitudes et surtout ma liberté de freelance : le choix et la diversité des projets, organisation, liberté de création ? En fait pour quelles raisons accepterais-je cela ?

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Au feeling comme ça à priori ma réponse est non : ma liberté n’a pas de prix (ça sonne bien non !?). Cela étant… le pragmatique coquinou qui se cache sous mon short et mes tongs (il fait chaud par chez moi) m’engage à considérer l’offre avec plus d’intérêt.

Le positif :

  • L’envergure et le challenge du projet
  • Le prestige du nom du client qui pourra servir ma propre communication une fois le projet terminé
  • L’expérience technique : méthodologie, process, outils etc…
  • L’expérience humaine : rencontrer de nouvelles personnes, agrandir mon cercle pro
  • L’aspect financier : 50j de travail assuré en free sur une mission n’est pas si commun pour moi (au final ce sera en fait plus du double)
  • La durée limitée du projet : je finirai bien par réintégrer mon bureau un jour

Le négatif:

De toute évidence, je fais un énorme sacrifice sur ma liberté :

  • Organisation : une mission chez le client 5 jours par semaine implique un fort impact sur l’organisation du quotidien.
  • Créativité : ne faire que de l’exécution pendant si longtemps est un challenge qui sera certainement difficile pour moi qui suis plutôt créatif.
  • Diversité des projets : plus de place pour d’autres projets et focus sur une seule et unique tâche pendant plusieurs mois. A priori cela semble compliqué.
  • Autonomie : bye bye le pouvoir de décision, welcome mes futurs N+x…

Accepter une offre comme celle-ci signifiait donc pour moi la perte d’une partie de ma liberté en échange des quelques avantages cités plus haut. Après avoir bien pesé le pour et le contre j’ai finalement estimé que ma liberté valait bien cela :

  • Le bénéfice de l’expérience (je fonctionne beaucoup de façon empirique, j’ai besoin de tester pour ressentir).
  • La peur du regret et de me dire plus tard « Pourquoi ai-je refusé cette offre ? et si et si et si…. »
  • Hum, ma liberté vaut au moins 50 fois mon tarif journalier

Et c’est ainsi que j’enfilais mon plus beau déguisement : chemise, pantalon et chaussure de ville. Bye bye mes Stan Smith usées sur-mesure, j’accède à présent à un nouveau statut social : je suis visiblement quelqu’un de plus sérieux et tellement plus crédible (#lol).

Vis ma vie de freelance : 100 jours sur site dans une grosse entreprise

Je vais essayer de résumer quel a été l’impact de cette décision et comment se sont déroulés ces 4 mois de “retour en entreprise” (les 50 jours sont dépassés ui ui…).

Durant les 2 premiers mois j’ai été fort surpris de ma capacité d’adaptation… Et il en fallait. J’ai retrouvé les “joies” des transports en commun le matin, entouré de tous ces gens très sérieux en costar-cravate (Oh Wait…). J’ai rapidement du oublier mes bonnes
vieilles habitudes de travail, mon planning customisé et l’atmosphère cosy de mon espace de coworking pour goûter aux “délices” des grandes plateformes open space et de bureaux impersonnels, des badges, du pointage soir et matin, et de la cantine d’entreprise le midi…

Woa… Soit. La capacité d’adaptation est un atout du freelance : Mode Caméléon activé.

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Côté mission, j’ai su tirer profit de la situation, discuter avec un maximum de monde, échanger, partager. J’ai en revanche très vite compris que je n’apprendrais malheureusement rien du côté de la méthodologie, des process et des outils… dommage. Pour moi cela faisait partie des points potentiellement intéressants. Et comme convenu, rien non plus du côté créatif _ mais ça je le savais déjà.

A partir du troisième mois j’ai vraiment pris conscience qu’un travail sur site 5 jours par semaine impliquait une vraie galère sur le plan organisationnel, surtout lorsqu’on est habitué à un emploi du temps flexible. Les mails eux ne sont pas en pause, les projets perso non plus, la famille non plus… Le soir est le seul moment pour gérer tout ça, après les journées de travail… Le changement avec mes habitudes de free a été vraiment radical.

Fort heureusement il me restait la renommée du client et du projet sur laquelle je pourrais capitaliser… Oh wait…?! Bon en fait, j’ai malheureusement compris après quelques temps que je ne pourrais pas non plus me “servir” d’un projet comme celui-ci. Premièrement à cause de certains accords de confidentialité mais principalement car les méthodes de travail ne correspondaient pas à mon approche professionnelle, avec un résultat trop éloigné de mes travaux habituels (à tous niveaux). Encore un point en moins, dommage.

Comme on peut l’imaginer le quatrième et dernier mois a mis ma légèreté à rude épreuve. J’ai fini par retrouver les joies d’aller au travail à reculons, l’inconfort de ces vêtements qui vous confèrent pourtant cet air si crédible en société (Fort heureusement, la cravate ne faisait pas partie du dress code. Ah la cravate… Je ne peux m’empêcher d’y voir une forme de soumission. En voyant ces gens la porter avec tant d’aisance il faut croire que le statut social vaut bien l’inconfort d’un morceau de tissu serré autour de votre cou). Et je ne parle pas du manque d’exutoire créatif qui a fini par peser lourd sur mon moral comme on pouvait s’en douter. Dur dur de faire de l’exécution à plein temps pendant 4 mois.

J’ai donc terminé la mission sur les rotules (devrais-je dire sur les synapses…) mais finalement assez surpris de ma capacité d’adaptation et de résistance : après tout, 100 jours de privation de liberté créative, aussi éloigné de mon environnement personnel c’est une belle performance. En rentrant chez moi ce dernier soir c’est avec soulagement que j’ai enfin pu mettre cette armure de caméléon, à la limite de la rupture colorimétrique, au placard. Fini, terminé, basta.

Le temps du bilan

J’ai souvent lu des articles et écouté des conférences traitant de l’intérêt de suivre ses premières impressions, de fonctionner au feeling, d’écouter sa petite voix… “Trust your gut” ils disent. Je suis plutôt d’accord avec cette vision des choses.

J’ai pourtant laissé de côté la petite voix qui me disait :
Auré… ces chaussures de ville ne te vont pas du tout… DON’T DO THIS”.
J’ai essayé de rationnaliser les choses en pesant le pour, le contre et j’ai finalement accepté l’offre. Ai-je eu raison à posteriori ?

Oui, je pense.

Malgré tous ces côtés négatifs, mon choix m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes, d’apprendre des choses sur moi-même, sur mon rapport aux autres, et surtout d’avoir le bénéfice de l’expérience, ce qui reste pour moi le plus important car j’ai pu sentir l’impact de ce retour en entreprise sur ma personne.
Cela m’a conforté dans l’idée que cet environnement professionnel des très grosses entreprises n’est définitivement pas pour moi. Comment aurais-je pu le savoir sans l’avoir testé ?

Au final ces 4 mois in-situ m’ont permis d’affiner mon positionnement et surtout d’ajuster le prix de ma liberté : maintenant c’est plus cher mon fils…

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Epilogue

Comme la vie est bien faite j’ai récemment eu l’occasion de mettre ma conscience à l’épreuve puisque j’ai été recontacté par la même entreprise, pour un nouveau projet, encore de nombreux jours de travail en perspective et le « pack » qui va avec…

Devinez-quoi ?

Cette fois-ci l’armure est restée dans son placard. L’été est arrivé, ce n’est plus vraiment la période pour enfiler pantalon et chaussures de ville, mes tongs m’attendent à mon bureau :)

Note : Cet article est un retour d’expérience tout à fait subjectif. Certains des collègues avec qui j’ai pu travailler durant cette même mission semblaient tout à fait satisfaits de l’environnement de travail, des tâches à accomplir, des process etc… Tout est question d’expérience et d’affinités personnelles.

31 réflexions au sujet de « Histoire d’une rupture colorimétrique annoncée… »

  1. Hello mon loup :)

    Déjà, merci pour ce retour d’expérience, c’est vraiment intéressant et j’y retrouve tellement de choses que j’ai pu vivre sur certains projets, c’est assez flagrant. Mais moi je te préfère avec tes vieilles Stan Smith toutes pourries, elles font partie de ton identité, même si j’avoue que de te voir habillé « dans la norme » doit être assez fascinant ^^

    Je pense que tu as bien fait d’accepter cette mission, si dure fut-elle. Au moins maintenant tu sais ce que sont ces missions et tu sais quoi faire quand on t’en propose une. Tu aurais pu refuser et ça en aurait été une autre que tu aurais accepté. Au moins, ça a bien payé et maintenant, tu sais que ce sont dans tes shoes que tu te sens le mieux ;-)
    Dernier article de Francis : Ma veille en détails: historique et outils utilisés.My Profile

  2. Chouette article Aurélien.

    J’aurais bien aimé que tu reviennes plus en détail sur la manière dont tu a managé tes activités professionnelles à côté de ton mandat freelance: as tu continué de prospecter, d’accepter des mandats?
    Une « pause » (de ton activité de free) aussi longue doit forcément avoir un impact sur le retour de tes affaires à la fin du mandat.

    Je suis moi-même employé ET indépendant et j’ai l’habitude de managé le free de côté mais jusqu’à la semaine suivante. Repousser les mandats sur plusieurs mois doit être une autre affaire.

  3. Très sympa d’avoir ton retour sur cette expérience.

    J’aimerais bien essayer un jour de travailler dans une grosse boîte, mais c’est vrai que c’est beaucoup de contraintes quand même.

    L’ambiance était bonne au moins ? Parce que dans ce genre de structure, ce qui compte avant tout pour moi, c’est l’humain.

  4. @Loris : Merci pour ton retour. En fait je me suis vite aperçu que je ne pouvais pas vraiment gérer un client en plus, ne serait-ce que pour l’aspect relationnel. En général, les clients avec qui je bosse ont besoin de communiquer avec moi durant la journée et non la nuit ou le soir.

    En bossant de 9h à 18h sur site avec un autre client 5j/sem c’est juste impossible. Le temps libre après mes journées de travail me servait à faire ma veille, gérer mes emails, mes projets perso, et me rendre dispo pour ma famille (enfin tant que possible).

    J’ai donc j’ai tout simplement refusé toutes les demandes de mission que j’ai reçu pendant 4 mois. Un client (une startup d’Aix) n’a toutefois pas voulu lâcher l’affaire et m’a patiemment attendu pendant 3 mois (il faut savoir qu’après cette mission je suis partis en vacance un mois en Thaïlande avec ma petite famille). En rentrant, j’ai donc été recontacté par cette même startup pour bosser avec eux comme convenu. La transition n’a donc pas posé de problème particulier.

    En règle générale je reçois toujours des demandes de taf dans ma boite mail donc même au bout de 4-5 mois cela ne change pas vraiment. Cela aurait surement eu un impact plus fort si j’avais pour habitude de faire des presta renouvelables avec des clients récurrents mais dans mon cas, même si je commence à avoir des clients qui reviennent vers moi, la plupart du temps mes missions sont ponctuelles avec à chaque fois des clients différents.

    En ce moment il y a une petite baisse d’activité mais j’ai remarqué que c’était toujours ça (en tous cas pour moi) pendant les grandes vacances. Donc rien d’alarmant finalement.

    @Thibault ouais c’est vrai pour moi aussi le côté humain est très important. L’ambiance au sein de la petite équipe était cool oui, heureusement sinon ça aurait été intenable.
    Dernier article de Aure : Histoire d’une rupture colorimétrique annoncée…My Profile

  5. Passionnant!

    Il est important de savoir ce que l’on ne veut PAS faire :).
    Merci, d’autant plus que cet article est très agréable à lire!

  6. Merci pour ton retour Juliette c’est très sympa.
    Oui finalement cette expérience m’a permis de mieux savoir ce que je ne voulais pas faire c’est tout à fait ça !

  7. Formidable ce retour d’expérience. En plus d’être sans doute un excellent créatif, tu as là une bien jolie plume, et un retour d’expérience formidable et à partager avec de nombreux responsables RH ou coordinateur de ressources qui ont souvent du mal à comprendre le rythme mais aussi l’efficacité des personnes qui ne souhaitent pas forcément s’investir en mode régie comme tu l’as fais.

    Encore merci et bonne continuation.
    Dernier article de Cédric : Combien ça coute de lancer une pharmacie en ligne ?My Profile

  8. Un retour d’expérience plus qu’intéressant, on a pas l’occasion d’en lire souvent!
    Les raisons qui t’ont pousser à accepter la mission résonnent à mes oreilles. J’aurais pris la même décision que toi!

    La liberté d’organisation (et de dress code) que permet le freelance est vraiment une concession compliquée à faire, il faut vraiment que le projet soit très intéressant et bénéfique pour la suite.

    J’ai un article en cours de rédaction sur mon intégration dans une team Agile sur le dernier projet que j’ai fait, sur une durée moins longue (le mvp est sorti au bout de 3 mois), mais j’ai tiré plein de chose de cette expérience.
    J’ai plus qu’à me motiver pour faire écho à ton retour d’expérience :)

  9. @Nbirckel Tu vois lorsque j’ai discuté avec mes proches de mon pb de conscience par rapport au dress code, beaucoup n’ont pas du tout compris. On m’a souvent rétorqué : « Mais t’es ouf ou quoi ? Tu mets des belles pompes qui brillent et basta ! Qu’est-ce que tu t’en tappe ? Tu te rends compte de l’argent que tu peux gagner ? bla bla… »

    Pourtant pour moi cette question du dress code était hyper importante parcequ’au delà des vêtements c’est vraiment mon positionnement et mes valeurs personnelles qui ont été interrogés. Suis-je prêt à faire cette concession ? Perso je l’ai un peu vécu comme un eccart de conduite par rapport à ma ligne directrice… Un peu comme si « je retournais ma veste ».

    La meilleure preuve est que j’ai refusé de remettre ça la seconde fois. Honnêtement, même payé double j’aurais aussi refusé, ce n’est même pas une question d’argent (dans certaines limites bien évidemment…).

    Ce serait super que tu trouves le temps d’écrire ton article mec.
    Dernier article de Aure : Histoire d’une rupture colorimétrique annoncée…My Profile

  10. Très joli retour d’expérience.
    Comme juliette, je pense qu’il faut essayer, pour savoir ce qu’on ne veut pas faire. Perso j’ai fait 2 ans et demi dans une entreprise où je m’occupais beaucoup des projets « internes ». Même si je sais que beaucoup de designers aiment bien voir un produit de A à Z et toujours bosser sur le même, je sais maintenant que je ne voudrais plus faire ça, que je préfère bosser en agence ou en freelance avec pleins de projets différents tout au long de l’année. Ça changera peut-être un jour.

    Pour le dress code j’ai toujours eut du mal à comprendre comment on peut imposer quelque chose de pas confortable (de mon point de vu féminin le costard cravate à l’air inconfortable) à des personnes. Même si je peux concevoir que l’image de l’entreprise est importante, je pense qu’on est en 2013 et qu’un compromis confort / apparence doit pouvoir se trouver. Pourtant je connais des développeurs en SSII qui ne sont JAMAIS en contact avec le client, et doivent porter la cravate « au cas où un jour un client passerait voir l’open space ».

    J’avoue que pour une fois, en tant que femme nous sommes un peu avantagées, venir en jolie jupe les bras dénudés à mon avis passera mieux dans une grande entreprise en été que si un homme venant en short et chemise courte ;)
    Et puis nous on est en tongues voir pied nus en agence, tu vois, le dress code au final :D
    Dernier article de Stéphanie : Test de post :)My Profile

  11. @Stephaniewalter : Merci pour ton retour Steph ! On en revient encore sur le bénéfice de l’expérience, je pense que ça vaut tout.

    Concernant le dresscode j’ai aussi remarqué cette injustice flagrante entre Homme/Femme… C’est beaucoup plus cool pour vous c’est évident (remarque, c’est vrai que pour une fois ça change…).

    Pour le reste je ressens la même chose que toi. Je ne nie pas le fait que nos vêtements communiquent pour nous et je comprends l’argument consistant à dire : « oui mais chez nous il y a potentiellement de TRES gros clients qui naviguent dans les assenceurs, couloirs, open-space etc… c’est une question de réputation et de sérieux ». Certes, il faut prendre en compte l’environnement mais je suppose que de TRES gros clients foulent également les moquettes de certaines startups où le dress code est inverse (on regarderait peut-être bizarement celui en costar-cravate). Je crois qu’il n’y a pas de vérité absolue, c’est une question socio-culturelle, j’ai l’impression que tout dépend de la culture du pays, de l’entreprise, du secteur d’activité etc.

    Quand je ramène cela à moi tout devient plus simple : est-ce que MOI j’accepte ou non ce code et si oui pour quelles raisons.

    ps : moi aussi j’adore le turn-over sur les projets. C’est vraiment un plus pour la capacité d’adaptation et ça permet de découvrir tellement de choses.

  12. Salut Aurélien,
    j’ai enfin quelques minutes à moi pour me poser et lire cet article qui m’a intéressé dès que je l’ai vu passer sur Twitter.
    Ton retour d’expérience est vraiment profitable et nous permet à tous de nous retrouver dans un peu tout ce que tu dis. Sinon, pourquoi aurions-nous fait le choix de devenir freelance ?

    Néanmoins, je me pose une question. Si jamais le dress code n’avait pas été si rigide, si la création avait été plus présente (et donc la possibilité de le présenter à des fins publicitaires) et si l’ambiance avait été meilleure, est-ce que tu en aurais tiré les même conclusions sur ta liberté de freelance ou est-ce que ça aurait été simplement une bonne expérience en mission freelance, tout simplement ?

  13. @Philippe : hello, merci de t’arréter par ici ! Effectivement, aller dans ce sens revient en fait à supprimer la quasi-totalité des éléments négatifs. Si j’avais pu venir habillé comme j’avais voulu, avec des méthodes de travail auxquelles je suis habitué, aboutissant à un produit de qualité que j’aurais plaisir à présenter dans mon portfolio, dans une bonne ambiance générale (je précise toutefois, comme je l’ai dit dans l’article que l’ambiance dans mon équipe était très agréable) et ce, tout en étant grassement payé alors OUI j’aurais sans doute beaucoup plus apprécié la mission :)

    Reste toutefois l’argument présenté par @StephanieWalter un peu plus haut à savoir : la diversité des projets. Personnellement, travailler sur un seul et même produit pendant des mois et des mois ce n’est pas ce que j’affectionne le plus. J’aime beaucoup découvrir de nouveaux domaines. Mais sur une période de 4 mois comme cela fût le cas, dans les conditions citées plus haut, alors no souci pour moi.

  14. Tu trouveras ça étrange (ou non), mais ton retour d’expérience me fait plaisir à lire. Plaisir parce qu’il y a environ 1 an et demi de ça j’ai vécu la même expérience (sans le costume, mais avec d’autres contraintes) et à la fin de cette mission j’en avais tiré exactement la même réflexion, mais je n’avais jamais pris le temps de faire un réel retour dessus (et puis qui cela pourrait intéresser)… Je me disais juste que je n’étais pas (plus) adapté pour ce genre de boîte.

    Mais il est vrai qu’une fois freelance, pour peu que tu arrives à en vivre, il est très dur de retourner travailler sur site, et ce qu’importe la cage dorée.

    Sinon je vous rejoins aussi stephanie et aurélien sur le besoin de travailler sur une diversité de projet et non sur une mission longue, car bien souvent après 1 mois passé sur un projet il ne te reste plus que de l’éxé à faire, et donc mettre ton cerveau en veille…

    Merci à toi d’avoir pris le temps d’écrire ces quelques lignes car je me sens moins seul, maintenant.

  15. @Graffr : hey ! Merci à toi de participer à la discussion :)

    En fait c’est souvent en lisant des articles que l’on prend conscience que d’autres vivent parfois les mêmes choses que nous. C’est aussi pour cette raison que les retours d’expériences peuvent être assez intéressant car ils nous « parlent », on peut s’y reconnaitre parfois. Perso j’aimerais en lire plus.

    Concernant cette réflexion sur la difficulté de retourner dans le monde de l’entreprise après avoir été freelance plusieurs années, c’est quelque chose auquel je songe parfois. Ne suis-je pas entrain de m’enfermer petit à petit ? Suis-je destiné à être indépendant ad-vitam eternam ? Comment se passera le retour (si retour il y a ) ? Avoir été freelance des années durant ne peut-il pas constituer un frein à l’embauche pour les employeurs (peur du risque de tomber sur des personnalités supportant difficilement les situations de subordination etc.) ? C’est vrai que je me pose ces questions.

  16. Ping : Com’ une fin de semaine #48 - J'ai un pote dans la com' - Conseil en communication et création graphique

  17. Il ne faut pas vraiment se poser la question dans ce sens « Vais-je réussir à être embauché(e) à nouveau par une entreprise/agence après plusieurs années en freelance? »

    Pour moi c’est plutôt que cette agence ou entreprise où je « rebosserai », ce sera la mienne : celle qu’on se crée en collaboration avec d’autres freelances, dev, commercial…. En tout cas c’est ce qui se passe de mon côté :) On se rassemble à plusieurs pour obtenir des meilleurs contrats plus innovants, mieux payés, auxquels on aurait pas accès seul en tant que freelance.

    Car pour moi c’est le seul avantage d’une « grosse » boite : avoir accès à des meilleurs projets car la taille de la boite rassure des gros clients (ce qui veut dire bosser moins de jours mais mieux payer = la recette secrète !)

  18. @sophiemasure : salut vous :)

    Du coup si je comprends bien tu n’envisages donc plus revenir dans un système ou tu serais salariée en agence finalement ? Tu reste free et si possible tu t’associe avec d’autres et tu créés toi même ta propre structure (collectif, agence etc.).

    Why not ?

    Dans le cas où tu montes ta propre agence, le risque n’est-il pas de petit à petit devenir « gestionnaire » plus que « créa » et de ne plus trouver assez de temps pour vraiment faire ce que l’on aime (j’imagines que la gestion d’une agence implique beaucoup de temps de gestion.) ?

    Oh et ça me refait penser que je dois toujours rédiger mon article à propos de comment je fais pour bosser sur le même projet depuis 2 ans et demi…

    >> Ah oui ce serait très intéressant ça :)

  19. Toutes mes expériences en tant que salariée ont été désastreuses, pour les principales raison que tu évoques dans ton article (et donc aussi parce que je suis meilleure quand je gère mon temps, clients, projets, les décisions…).

    Sinon, gérer une boite, un planning, des délais, une compta, des dépenses etc… sont des tâches qui font partie intégrale d’être freelance. Donc la gestion d’un collectif ou agence est assez similaire sauf que c’est plus lourd mais justement tu n’es pas censé le faire seul – en principe tu partages ce temps à plusieurs. Par exemple, on a une personne qui va s’occuper des relations clients pour les phases d’avant-vente et aussi suivi de projet pendant le projet. Du coup, au contraire, j’ai la sensation que j’aurai plus de temps pour la créa :)

    Mais surtout, depuis un ou deux ans maintenant, je vois vraiment mon métier en 2 parties : la partie où je bosse pour des clients sur des projets bien payés (si c’est intéressant, innovants, excitants c’est la cerise du le gâteau – à moi de bien choisir les projets mais la priorité sera toujours le budget pour ces projets) et les projets moins bien payés mais où là l’innovation et la créativité sont indispensables. C’est en trouvant des projets très bien payés que je peux du coup m’accorder du temps pour des projets moins rémunérateurs mais plus intéressants au niveau de la réflexion, innovation etc…
    C’est tout frais, on démarre le collectif ce mois-ci ou le mois prochain tous ensemble… Ce sera aussi l’occasion d’un article après 4 mois, comme toi :)
    Dernier article de Sophie Masure : Stop thinking, just do.My Profile

  20. @sophiemasure : Woa je n’étais pas au courant ! Sounds good ! C’est vrai que présenté comme ça je peux difficilement imaginer mieux. Ca correspond bien à mon approche professionnelle.

    Les collectifs ont l’air d’être une super option pour peu que l’on s’entende très bien avec ses collègues. Celà me fait un peu penser à Tony de Wisibility et du collectif Gang Corporate. Ils nous arrive parfois d’en discuter tous les deux et visiblement ils ont l’air de kiffer.

    Du coup je te souhaite que du bon pour cette nouvelle aventure Sophie !
    Tiens nous au courant hein ?! OUI pour ton futur article !

  21. Super Sophie cette histoire de collectif. J’ai également cette idée en tête depuis plusieurs années, mais il faut au moins des impératifs selon moi pour que ça fonctionne:

    Que tout le monde ait sa place bien identifiée, que personne ne se marche sur les pieds d’une point de vue compétences, que la structure hiérarchique soit bien définie (qui prend les décisions) et surtout que tous ait la même vision d’où le collectif veut aller.

    Monter une boîte entre designers est selon moi une mauvaise idée, sauf si chacun a sa spécialité et faut vraiment voir les choses de la même manière sinon ça part en jus de boudin rapidement ^^

    En tout cas, félicitations Sophie, bonne chance pour cette nouvelle aventure :)
    Dernier article de Francis : Ma veille en détails: historique et outils utilisés.My Profile

  22. Merci Francis :) Et oui tout à fait d’accord : il faut des compétences complémentaires et non identiques. Pour ça qu’on se rassemble avec un UX designer, un creative director (qui prend les décisions), une chef de projet/relations clients, et moi – branding et UI. On a déjà bossé tous ensemble sur des projets pendant un moment pour tester notre compatibilité et c’est le top donc on y va :)

  23. Bonjour.
    J’ai du rater un truc parce que je me demande ce que vient faire le terme de « colorimétrie » la dedans :(

  24. Salut @Mandrake. En fait c’est en référence à ce que je nomme mon « armure de caméléon » (cf : ma capacité de me fondre dans l’environnement et d’en prendre les couleurs).

  25. Merci beaucoup pour cet article fort intéressant qui tombe à pic alors que je m’apprête à accepter une mission de 6 mois.
    Même si je n’aurai pas à subir l’inconfort de costard-cravate, il reste tout de même l’aspect trop serious business de travailler en open space à 1,5 m les uns des autres avec comme tu dis les n+x qui regardent par dessus ton épaule.
    Je ne doute pas que ce sera une expérience enrichissante et je suis un peu rassuré en lisant ce que tu partages avec nous. Merci :)

  26. Merci pour ce partage. Je trouve ce retour d’expérience rempli d’évidences.
    Je me suis identifiée à ton vécu sur certains points et souhaite partager à mon tour mes ressentis.

    Je travaille dans cette grosse entreprise depuis bientôt 2 ans, entrecoupés de pauses liées aux projets qui s’enchaînent mal à cause des process et du contexte, pauses qui restent assez courtes pour ne pas pouvoir les combler avec d’autres missions. Je ne m’en plains pas vraiment, cela me fait des « vacances » pour rattraper le retard de ma veille, ou m’occuper de mon site en sursis depuis un moment.

    Le contexte économique et politique est extrêmement compliqué et j’ai le sentiment qu’il dégringole à tous les étages… cela aurait pu être à l’image d’une cascade de champagne, mais l’image serait plutôt du vinaigre.

    Les relations humaines avec les graphic directors sont bonnes. Mais l’éloignement géographique et les plannings surchargés de ces derniers rendent la communication extrêmement déliée, il est impossible de parler d’une couleur au téléphone, chacun à son bureau à des étages différents, avec des écrans différents…
    Les directives sont orientées par une direction générale qui maîtrise peu le design et qui peut s’avérer lunatique.

    Côté autonomie, il y a tellement d’acteurs suivant le projet, qu’on peut rapidement se retrouver éloigné des choix qu’on avait fait ou des orientations que l’on souhaite mener.

    Capitaliser sur les projets n’est bien sûr pas permis puisque nous travaillons sur des projets privés. Voilà de quoi te flinguer un portfolio si tu ne fais rien sur ton temps « libre ».

    Et pourtant, il y a 2 points qui m’ont fait signer à nouveau chez eux, je dis à nouveau puisqu’une j’y ai eu une première expérience de 18 mois, 2 ans avant d’y retourner.

    La première et la plus importante : l’équipe que j’intégrais. Je suis très sensible au relationnel. Le travail et les échanges avec certains collègues sont un vrai bonheur. Les idées sont partagées, on vogue dans le même bateau.
    La seconde : la complexité des projets et des interfaces à réaliser. J’aime les challenges, et pousser à l’extrême ma réflexion pour apporter la solution la plus adaptée, a toujours été une forte motivation.

    Aujourd’hui, le négatif est en train de rattraper le positif. Sans jamais atteindre le plaisir de collaborer avec certaines personnes, je commence à me dire que j’ai besoin de plus d’autonomie, que ma créativité est en train d’être étouffée.

    Je ne dirai pas que j’envisage de changer complètement de type de clientèle, car les projets des grosses entreprises peuvent être intéressants. Mais il est certain que cette expérience m’a donné envie d’autre chose.

  27. Ping : The Walking Web #8 Live – Lettering | The Walking Web

  28. J’ai eu une expérience un peu similaire en bossant pendant 9 mois en free (avec un fixe déguisé) à mi-temps dans une agence de pub.. Très compliqué même à mi-temps (les jours variaient chaque semaine) de gérer à la fois projets persos et famille et finalement je me suis retrouvé à quitter cette aventure de free en agence car je perdais trop de temps et surtout trop d’argent.. Par contre je retiens qu’une seule chose. C’est l’expérience !! Il faut se confronter de temps en temps au réel monde du travail. Cela nous conforte souvent dans l’idée qu’on est bien mieux en free… :-)

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