Retour sur l’écriture de mon livre : Typo et Web

Il y a un mois la parution du livre : « Typo et Web, pour une lisibilité optimale de la typographie sur internet » mettait un point final à un long travail d’écriture commencé fin 2010… Ceux d’entre vous qui ont déjà eu l’oportunité de travailler sur un tel projet le savent certainement : écrire un livre, quel qu’il soit est un processus long et fastidieux. Cet article sera l’occasion pour moi de partager mon expérience (et des super gifs) avec vous…

Cette histoire a débuté en Octobre 2010 par un email de David Rault, graphiste, typographe, journaliste, photographe et… directeur de la collection « Atelier Perrousseaux » pour la maison d’édition Adverbum :

« Salut Aurélien, je relisais les articles de ton blog hier et j’me demandais si ça pouvait t’intéresser d’écrire un bouquin au sujet de la typo sur le web. Je serai à Paris Web, voilà mon tel si tu veux on en reparle là-bas »

Bon je synthétise mais pas tant que ça finalement… Même si je connaissais David de réputation (notamment pour son petit guide bleu), nous ne nous étions jamais rencontré. Cet email surprenant fût à l’origine de 3 réactions en chaine dans mon petit cerveau :

  1.  \m/  Yeaaahhh \m/
  2. Non, Ce n’est pas raisonnable
  3. Bon d’un autre côté le projet est tentant

La conférence Paris Web 2010 fût donc l’occasion de rencontrer mon éditeur, de discuter plus en détail du projet et de voir concrètement ce que cela impliquerait pour moi. J’ai d’ailleurs pu relativiser la notion d’expertise requise pour écrire un ouvrage comme celui-ci. J’ai fini par accepter qu’il ne fallait pas nécessairement être expert en ophtalmologie, ingénieur en informatique et designer de caractères pour pouvoir parler de ce sujet. En toute logique, le vif intérêt que je porte au domaine de la typo et du web couplé à des recherches supplémentaires et une bonne dose de sérieux devrait me permettre de m’en sortir hum ?!

Après un temps de réflexion et une vaine tentative de négociation des droits d’auteur, j’ai finalement accepté le contrat qui m’a été proposé. Beaucoup de travail, du stress, et aucun intérêt financier, alors pourquoi avoir accepté ? Je pourrais dire par goût du risque mais ce ne serait pas tout à fait vrai… En réalité je pense que c’est aussi par peur du regret qui m’aurait certainement hanté très longtemps d’avoir décliné cette offre.

3, 2, 1 GO ! La phase de recherche

Rappelons tout d’abord le sujet : La problématique de lisibilité du contenu typographique sur le web. Je suis donc sur un sujet très précis (une micro-niche) qui peut intéresser les web designers souhaitant parfaire leurs connaissances mais également des lecteurs plus « experts » qui pourraient potentiellement en savoir plus que moi sur le sujet. Une des difficultés a été de trouver une approche susceptible de contenter les 2 publics. La toute première partie du travail a consisté à créer le sommaire détaillé. Comme c’est un domaine relativement technique, il m’a semblé intéressant d’amener le sujet progressivement, de la théorie à la pratique :

  1. La théorie : Définir le concept de lisibilité
  2. L’application de la théorie au contexte d’utilisation : les contraintes de la lisibilité sur écran
  3. La pratique : Comment optimiser la lisibilité des caractères, outils et méthodes (usage des CSS)

Un travail de recherche a été ensuite nécessaire pour découper chaque partie et présenter mon sujet de façon intelligente sans que cela ne semble trop pompeux. Après environ 3 semaines ce premier plan détaillé a été validé par mon éditeur. Entre temps j’ai également eu l’occasion de donner mon avis sur le titre du livre (j’ai notamment pu éviter : «Typo 2.0» qui faisait partie des premières propositions, ouf) ainsi que sur la maquette de la couverture, bicolore, simple, comme j’aime.

Typo et Web : recherche

La phase de recherche s’accompagne souvent d’une zone de désordre autour de l’ordinateur… voir dans tout le bureau.

Normalement, à ce stade, avec le sommaire entre les mains, il est bon de « planifier » le travail et d’estimer le temps d’écriture que chaque partie va demander.

Pour faire un petit parallèle, ma femme qui écrivait en même temps un ouvrage de son côté avait indiqué en face de chaque section de son sommaire : nombres de caractères + temps d’écriture estimé. Un petit tableau récapitulatif lui servait de planning ULTRA-précis, TOUT était anticipé, même les imprévus étaient prévus…

Arf, parfois j’aimerais être aussi organisé que ma femme. Dans mon cas je n’ai pas vraiment été capable de planifier quoique ce soit. Difficile de calculer par avance le nombre de caractères que contiendrait telle ou telle partie, d’estimer le temps de recherche, d’écriture… Bref, pas de planification pour moi, j’accepte ma non-organisation et j’y vais. J’ai donc travaillé au fil de l’eau, faisant confiance à ma capacité d’ajuster mon rythme de travail en fonction du temps restant.

Le sommaire terminé, j’ai poursuivi une longue phase de collecte d’informations durant laquelle j’ai lu beaucoup d’ouvrages et d’articles sur le web où tout ce qui touchait de près ou de loin à mon sujet attérissait systématiquement dans mes bookmarks. C’est ainsi que pendant plusieurs mois la typo m’a accompagné jour et nuit, comme une obsession visant à combler cette peur de ne pas assez maitriser le sujet, de passer à côté de quelque chose. A l’heure d’internet, si l’accès à l’information n’est pas très compliqué, le tri l’est beaucoup plus. Dans mon cas j’ai systématiquement suivi un fil conducteur : douter de tout, recouper les sources d’information, et vérifier par moi-même.

Typo et Web - Machines virtuelles

Liste des machines virtuelles ayant servi à tester la lisibilité des fontes en fonction des couples OS/Browsers.

Cette phase de recherche a été liée a des prises de notes (sur tous supports : carnets de notes, ordinateur, téléphone etc.) pour ne pas oublier telle ou telle idée. Ces notes sont très rapidement devenues un gigantesque méli-mélo de contenu compréhensible que par moi-même (et encore) dont le tri s’avérera par la suite être un vrai casse tête…

La recherche c’est bien, l’écriture c’est mieux.

Le travail le plus compliqué a réellement commencé lorsqu’il a fallu trier les informations recueillies durant des mois et se lancer dans l’écriture du fameux « manuscrit ». Pour celà j’ai principalement utilisé 2 outils : Word sur mon ordinateur de bureau et Writer sur l’ipad (bien utile pour écrire de façon plus nomade). Chacun sa technique d’écriture, dans mon cas ce n’était pas linéaire. Même si j’ai commencé par le premier chapitre, j’ai avancé au fil de mes envies en allant parfois directement à une annexe, ou au traitement  d’une partie précise du livre. Mon éditeur m’a laissé une liberté absolue, le sommaire ayant été validé, j’ai procédé comme bon me semblait, en toute liberté.

Durant ces mois d’écriture j’ai alterné des phases très productives et d’autres beaucoup moins. Même si le traitement d’un sujet technique ne requiert pas un niveau d’inspiration très élevé (comme c’est le cas pour ceux qui écrivent des romans), j’ai traversé des moments de doutes, des périodes difficiles où la nécessité d’avancer prend le pas sur le plaisir d’écrire. Mon cerveau n’a pas toujours été capable de rationaliser les informations et de produire du texte digeste. Il fallu lire, relire, re-relire, corriger, modifier de nombreuses fois des sections entières avant que j’en sois assez satisfait (pour finir par les re-modifier encore plusieurs fois par la suite). L’écriture d’un ouvrage aussi petit soit-il requiert un travail conséquent, je l’imaginais, maintenant je le sais. A postériori, je ne sais pas si j’aurais accepté le deal en connaissant le travail que cela allait réellement me demander.

Un exemple d’illustration. Chapitre 1 : Mise en évidence des 3 zones de collecte d’information lors du processus de lecture.

 

 

 

 

 

 

 

Par souci de clarté, en plus du contenu textuel, j’ai voulu agrémenter mes propos par quelques illustrations, schémas et autres screenshots ici et là. Ce travail sur Photoshop m’a également pris beaucoup plus de temps que prévu (hum… logique je n’avais rien prévu me direz-vous). Au final, c’est plus d’une centaine de visuels qui viennent ponctuer l’ouvrage et permettent de clarifier les idées que je souhaite faire passer.

De façon assez prévisible, ma non-planification a inévitablement eu pour conséquence de me retarder dans mon projet. Les 8 mois initialement prévus ce sont transformé en 12… Fort heureusement mon éditeur a été très patient et compréhensif et ça c’est plutôt sympa :)

Validation(s)… tadadadda

La fin du travail d’écriture est un réel soulagement mais entraine également un stress important lié à l’appréhension des retours. Ces derniers se sont effectués en deux temps :

  • La validation du manuscrit : cette étape permet de valider le fond, la forme, les illustrations etc.  Etant toujours très critique sur mon propre travail, je m’attendais au pire mais finalement les retours ont été assez softs et toujours justifiés. Une bonne partie des modifications s’est fait sur la gestion des visuels que j’avais initialement créé en couleurs, pensant que le livre le serait aussi, ce qui n’a malheureusement pas pu être le cas. J’ai aussi du gérer un souci lié à la qualité des visuels. Un certain nombre des exemples que j’ai utilisé sont issus de screenshots 72dpi dont la qualité laisse parfois à désirer en 300dpi.
  • La validation du Bon à Tirer (B.A.T) : Le manuscrit ayant été validé, mon éditeur s’est chargé de la mise en page du livre. La validation du B.A.T par l’auteur constitue la dernière étape puisqu’elle permet l’impression finale. Il y eu en tout 8 allers-retours tous liés à la correction de fautes d’orthographe et fautes de frappe (que je retrouvais-moi même au fil des relectures). Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs mais de mon côté, cette phase de correction, surtout vers la fin, m’a demandé une bonne dose de disponibilité puisqu’il faut trouver le temps de relire le texte, encore et encore, pour débusquer les erreurs. Ce n’est pas la partie la plus fun mais elle est obligatoire, qui plus est, dans mon cas où je me doutais bien avoir laissé quelques petites fautes par-ci par-là…

La distribution

Après le 8 ème round de modification du B.A.T je n’ai plus eu de nouvelles de mon éditeur et j’en ai donc conclu que ce dernier aller-retour était le bon. Du temps s’est écoulé et puis un jour je vois passer un tweet…

Quoi ? Mon livre est sorti ? C’est pô vrai ? J’étais pas au courant merci pour l’info :)

C’est alors que j’ai été pris d’une sorte d’appréhension liée aux retours des lecteurs… Vont-ils apprendre quelque chose ? Vont-ils comprendre ce que jai voulu dire ? Comment répondre aux critiques négatives ? etc. Quelques jours après la parution du livre, j’ai reçu un carton contenant quelques exemplaires de mon petit bouquin…

Les exemplaires de Typo et Web

Quelques exemplaires du produit final que vous pourrez retrouver sur le web et en librairies.

Quelle joie d’avoir entre les mains un ouvrage que vous avez vous-même écrit. Il me semble que c’est précisémment à ce moment, pour la première fois dans ce projet, que j’ai ressenti un sentiment vraiment positif sur mon propre travail. En feuilletant les pages j’ai eu l’impression d’avoir produit un contenu qui m’aurait certainement intéressé si je ne l’avais pas moi-même écris (plutôt bon signe n’est-ce pas?).

Aujourd’hui, nous sommes les 17 Juillet 2012, le livre a été publié il y a un mois et les quelques retours que l’on m’a déjà fait on tous été plutôt positifs ce qui est encourageant !

Je m’attends biensûr à essuyer des critiques négatives puisqu’il est impossible de contenter tout le monde mais j’espère qu’il y en aura le moins possible.

Le Bilan

Au delà de la satisfaction d’avoir terminé le travail, je crois que ma décision d’accepter l’offre de David Rault a finalement constitué l’aspect le plus important de tout le projet. Tenter l’expérience de l’écriture, sortir de ma zone de confort, mettre un pied dans un domaine que je ne connaissais pas et surtout : me faire confiance. Même si je n’ai jamais douté de ma capacité à aller au bout de ce pourquoi je m’étais engagé, c’était un projet difficile qui m’a demandé un travail conséquent, beaucoup de temps, et finalement une certaine dose d’organisation malgré tout. Je n’ai donc aucun regret ! J’en profite d’ailleurs pour remercier une nouvelle fois David Rault d’avoir pensé à moi :)

Psssst !? Si vous vous intéressez à la typo sur le web et si vous souhaitez en savoir plus sur la lisibilité typographique sur écran alors je vous conseille : « Typo et Web, pour une lisibilité optimale de la typographie sur internet » Il est pas mal, si si je vous jure :)

5 réflexions au sujet de « Retour sur l’écriture de mon livre : Typo et Web »

  1. Merci de partager avec les lecteurs ces instants où une idée se transforme en projet et à force de travail se concrétise.
    Ce livre représente une excellente synthèse des pratiques actuelles de la typographie et du Web.
    Une critique négative ? J’aurais aimé un historique un peu plus détaillé et quelques études scientifiques supplémentaires, mais c’est peut être mon côté curieux.

  2. @Jean-Marc merci beaucoup pour ce petit commentaire sympatique :)
    @Jean-Michel : J’avais initialement inclu quelques études supplémentaires mais j’ai finalement décidé d’alléger par peur de décourager ceux qui auraient voulu plus de « concret ». Si les études scientifiques sur le sujet t’intéressent, en cherchant un petit peu tu pourras rapidement trouver des textes. Merci pour ton retour en tous cas !

  3. Quel honneur de t’avoir fait découvrir la parution de ton propre bouquin ^^ je ne savais pas !
    En tout cas, merci pour cet article très détaillé sur ton processus de travail pour la conception de cet ouvrage. Je suis étonné de lire qu’il aura fallu ces retours positifs pour te rassurer sur ton travail. Tu es pourtant une source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous je pense, par la qualité de ton webdesign, enfin bon j’arrête là la flatterie tu vas dire que j’en fais trop ;)
    Maintenant, à quand le prochain, dédié à la typo sur supports mobiles, avec gestion du Retina et des différentes densités de pixel sur Android ou traitant du cas d’un site responsive, par exemple ?

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